dimanche 24 mars 2013

Message de carême de l'AEOF


Exprimant leur souci pastoral, les évêques membres de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes
de France souhaitent adresser à tous les fidèles orthodoxes du pays, un message au début du
saint et grand carême de Pâques.
 
Encore une nouvelle année et nous voilà arrivés aux portes du grand carême, devant lesquels
nous déposons nos faiblesses, notre pauvreté, mais aussi notre orgueil, notre vanité. Il ne
s’agit pas uniquement de se dire que nous allons faire des efforts. Il faut leur donner un sens.
Il faut entreprendre une réorientation totale de nos vies dans la perspective d’un cheminement vers le Christ. Aussi, à travers les différentes périodes de jeûne qu’elle nous offre, au premier titre desquelles se trouve la sainte quarantaine, où nous pénétrons, l’Église nous propose de faire une parenthèse dans nos vies, si souvent prises dans le tourbillon frénétique de nos sociétés de consommation. Le grand et saint Carême arrive donc à point nommé, au moment où toute la création se réveille, encore groggy par le froid de l’hiver.
Tout dans la nature annonce la renaissance, tout dans la création anticipe le message salutaire de la résurrection du Christ. Soyons attentifs à voir dans l’environnement ce qui annonce le réveil de la vie.
Pour autant, renaître et ressusciter sont des événements qui ne peuvent advenir sans une réparation particulière, pendant laquelle le corps et l’âme, la personne, sont tout entier tendus vers le Christ. Par la prière et le jeûne, nous clarifions l’image du Christ qui est en nous. Nous approfondissons le mystère de la ressemblance divine. Par la prière et le jeûne,nous retrouvons la simplicité du sens de nos vies, dans le perfectionnement auquel nous sommes invités par la déification. Laissons nous pénétrer par la grâce du repentir qui unit à Dieu. Selon les mots de Saint Maxime le Confesseur, nous sommes appelés  «à réunir par l’amour la nature créée avec la nature incréée en les faisant apparaître dans l’unité et l’identité de l’acquisition de la grâce». Mais la question du mal et péché nous empêche de voir la réalisation d’une telle unité. Le péché et le mal agissent, par conséquent, comme des maladies pervertissant la volonté humaine. Elles trompent notre désir de Dieu, par le désir
de puissance et nous entraînent vers la haine, le dédain, jusqu’à la négation totale, non seulement du divin, mais de l’ensemble du créé. Toute cette période est tendue vers la métamorphose de l’humanité, par la redécouverte du don de la grâce qui nous a été accordé par l’œuvre du Christ. Nous sommes appelés à réaliser la vocation qu’Adam n’a pas accomplie. Pour paraphraser Saint Séraphim de Sarov, nous sommes invités à devenir les réceptacles de l’Esprit Saint comme la réalisation de notre liberté retrouvée.
Le grand carême est aussi le temps de l’ascèse, de l’exercice et du combat spirituel, une
invitation à la libération de l’humanité des pesanteurs de sa vie, des inerties créées par la force de l’habitude. Il ne s’agit pas de suivre aveuglément quelques prescriptions d’ordre spirituel ou alimentaire. L’effort de carême, les privations, la multiplication des prières, le repentir, permettent de
redécouvrir le formidable potentiel d’une nature humaine unie à Dieu. Aussi, nos efforts doivent
ils se faire dans le Christ lui-même, qui les soutient et leur donne du sens. Sous la plume poétique d’un Saint Grégoire le Théologien nous pouvons lire : « Avec le Christ, je partage tout, et l’Esprit et le corps, et les clous et la Résurrection.

L’œuvre de carême, les exercices ascétiques, auxquels nous nous prêtons, doivent s’incarner
dans les œuvres et l’action. Aussi, cette sainte quarantaine doit-elle être un temps de
solidarité, transformant les privations en dons.
Car l’ascèse ne sert à rien s’il n’a comme seule finalité la satisfaction égoïste d’avoir accompli les règles à la lettre. L’esprit du carême est tout aussi important. Il s’accompagne d’un en
gagement de l’être tout entier, non seulement dans la prière de l’Église ou à la maison, mais aussi dans la société, comme un moyen de témoignage mis au service de la bonne nouvelle du Christ ressuscité. Par conséquent, la solidarité est aussi essentielle que de manger maigre. Elle passe par des gestes de charité et d’amour qui constituent le sens que nous cherchons à donner à notre vocation chrétienne. La solidarité, c’est reconnaître dans notre prochain le visage du Christ. La lecture évangélique du dimanche du jugement dernier ne dit pas autre chose. Elle sonne comme une
invitation :
Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé
pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger
; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire
; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli
; nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité
; en prison et vous êtes venus à moi. [...] En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !» (Mt 25, 34-40). 
Ne perdons pas de perspective la centralité du prochain dans notre cheminement de carême. Saint Paul ne dit pas non plus autre chose lorsqu’il s’adresse aux Hébreux : « Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » (10, 24).
Au contraire, en ces temps de crise, redoublons d’attention pour nos frères et sœurs, manifestons notre solidarité pour un plus grand nombre. Que chacun de nos gestes se fasse à la gloire de la Sainte Trinité, comme si nous prenions Dieu pour témoin, nous laissant infatigablement inspirer par la grâce de très saint et doux Esprit. L’esprit de solidarité se nourrit de l’expérience pénitentielle qui anime toute cette période, car il est l’expression du dépouillement de l’égoïsme, du renoncement à l’individualisme, dans un mouvement de sortie de soi, quasi kénotique, se transformant en don, dès lors qu’il est offert gratuitement.
Aussi, tous les évêques membres de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France
vous présentent leurs meilleurs vœux et leur bénédiction pour l’entrée dans cette sainte quarantaine. Bonne montée vers Pâques à toutes et à tous !
 

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