lundi 21 avril 2014

Message Pascal de Mgr Emmanuel Président de l'AEOF


Chers frères et soeurs dans le Seigneur,

Le Christ est Ressuscité !

Au nom de mes frères les évêques membres de l’Assemblée des Évêques Orthodoxes de France, je vous adresse un message de joie et de paix à l’occasion de la Résurrection de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ.

Les jours que nous venons de vivre n’ont pas ébranlé notre foi. Car le Christ a renversé la mort par sa mort. Il a relevé Adam par son abaissement. Il a assumé les souffrances de l’humanité par le silence. Il a signifié sa résurrection en laissant un tombeau vide. En d’autres termes, par sa résurrection, le Christ a fait « toute chose nouvelle », comme l’annonçait déjà le prophète Isaïe (Is. 43,19).
Les logiques du monde et de l’univers sont renversées. Notre foi se résume en un paradoxe originel que l’Église chante en ce jour : « Lorsque tu gisais dans le tombeau, Seigneur immortel, tu as brisé la puissance de l’Enfer, et tu es ressuscité victorieusement, ô Christ notre Dieu… » (Kondakion de Pâques).

Nous ne saurons prolonger le mystère de la résurrection dans le monde qu’en témoignant de la joie de l’événement. Après ces semaines de jeûne et de prière, après ces jours où devant nos yeux l’histoire du salut vient de se dérouler, nous sommes pris par une intense émotion. La puissance de la liturgie tient au réalisme de ses gestes et de ses hymnes. Nous étions Jeudi Saint à la chambre haute. Nous avons suivi le Christ et les disciples au jardin de Gethsémani. Nous l’avons vu trahi, arrêté, bafoué, jugé et condamné. Le bruit des chaînes qui l’entravaient retentit encore dans nos oreilles. L’odeur de la cire s’est mêlée à celle des flambeaux qui furent allumés alors que les ténèbres recouvraient le ciel. Comment ne pas être stupéfiés en entendant ces paroles tragiques : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34) Comment ne pas être bouleversés devant les larmes d’une mère qui vient de perdre son fils ? Et quel fils ! Celui qui nous avait été annoncé comme le sauveur d’Israël par les Prophètes.
Du silence de la mort et de la solitude du tombeau jaillit l’acclamation qui se répandra dans le monde entier « Le Christ est ressuscité ! » Que cette joie dépasse notre peine. Qu’elle dépasse toute peine et, portés par la grâce de l’Esprit, que nous considérions nos vies à l’aune d’un jour nouveau. Rien n’a changé, notre quotidien reste le même, mais nos vies ont été une nouvelle fois transfigurées, métamorphosées par la force créatrice de la résurrection. Le troisième jour coïncide avec le « jour un » du livre de la Genèse. Nous sommes au petit matin, au moment où la lumière et les ténèbres se séparent, au coeur de la terre, dans le sein de la création. Dieu vient à la rencontre de sa créature. Ce n’est plus de l’homme que la femme sera tirée, mais c’est par la femme que la révélation du salut de toute l’humanité sera annoncée. La résurrection est une nouvelle création, où les dernières séparations entre Dieu et l’humanité ont été abattues, pour que la créature et son Créateur se retrouvent comme jamais 2 auparavant. En assumant notre nature humaine, le Christ ressuscité consomme l’union salvifique à laquelle nous sommes appelés.

Dieu se laisse approcher. Dieu se laisse voir. Dieu se laisse rencontrer dans l’intimité de nos coeurs
esseulés par le péché. Or, il ne fait aucun doute que cette joie résurrectionnelle fut celle expérimentée, il y a cinquante ans, à Jérusalem, lorsque le Pape Paul VI et le Patriarche oecuménique Athénagoras se retrouvèrent pour la première fois, après des siècles de séparation entre les christianismes d’Orient et d’Occident. En cette année de jubilé, toujours à Jérusalem, le Patriarche et le Pape vont de nouveau se retrouver pour signifier que la recherche commune d’unité est le seul témoignage qui rend compte du mystère du Christ ressuscité. Le rapprochement entre nos deux Églises soeurs est tel un cheminement pendant lequel le Christ ne cesse de nous accompagner. Le Patriarche Athénagoras disait en effet en 1964 : « Et le Christ viendra se joindre à notre marche, comme il le fit jadis avec les deux disciples d’Emmaüs, et il nous indiquera la route à suivre en pressant notre pas vers le but ultime auquel nous aspirons… », l’unité. J’invite donc tous nos fidèles à accompagner la rencontre du mois de mai de cette année de leur prière. Il est significatif que la rencontre des deux primats advienne au Saint Sépulcre, sur le lieu même de la passion et de la résurrection salvifique du Seigneur. Car, tel est le message d’espoir dont nous sommes les porteurs. Nous ne pouvons être les témoins de la résurrection sans l’unité.

Mais l’unité à laquelle nous aspirons n’est pas uniquement celle des chrétiens, c’est aussi celle de
l’humanité tout entière qui, trop souvent aujourd’hui, se voit divisée par la violence, les guerres et la
haine. Il ne s’agit pas seulement de dire que nous reconnaissons la dignité de chaque personne humaine parce que chaque individu est porteur de l’image de Dieu, mais que par la résurrection nous sommes tous frères et soeurs réunis autour d’un seul Père que nous appelons de nos voix harmonieuses :
« Abba ! » Aussi, à partir de cette généalogie commune, éloignons-nous du fratricide originel de Caïn
contre Abel, pour nous attacher à la paix dont notre monde a tant besoin. Les théâtres de conflits sont si nombreux, que je ne peux les énumérer, craignant d’en oublier certains injustement. Au troisième
millénaire, des hommes et des femmes continuent à mourir sous les armes, d’épidémie ou de la famine. Cela est intolérable. Le Christ nous invite à être des ouvriers de la paix. Les Pères de l’Église abondent en ce sens. Ainsi, selon saint Grégoire le Théologien : « Ceux qui s’efforcent et qui désirent embrasser la paix appartiennent à Dieu et s’approchent de la divinité ».
Nous ne devons pas uniquement prier pour la paix du monde, mais nous devons nous-mêmes devenir des signes de paix et de réconciliation. Il s’agit d’un engagement inconditionnel et universel.

Je vous renouvelle, à toutes et à tous, mes meilleurs voeux avec la lumineuse fête de la Résurrection du Christ.

† Le Métropolite Emmanuel, de France
Président de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France


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